Espagne : un nouveau souffle pour les seniors souhaitant combiner retraite et activité
Paris – Une exception notable vient d'alléger les contraintes pour les retraités espagnols souhaitant continuer à travailler. Le gouvernement a assoupli les règles encadrant la compatibilité entre pension de retraite et activité professionnelle, ouvrant une nouvelle perspective pour de nombreux seniors.

Les conditions d'une compatibilité inédite
Jusqu'à présent, la loi espagnole imposait souvent un choix cornélien : renoncer à une partie de sa pension ou opter pour des situations de reprise d'activité très spécifiques. Une nouvelle mesure permet désormais aux retraités qui s'inscrivent en tant qu'autonomes de percevoir 100% de leur pension, à condition que leurs revenus issus de cette activité ne dépassent pas le salaire minimum interprofessionnel (SMI) annuel. Autrement dit, ils peuvent facturer leurs services, mais dans une limite précise pour ne pas perdre leurs droits à la retraite.
Cette disposition concerne notamment les professions libérales, les petits commerces personnels et les activités occasionnelles. Les travailleurs indépendants, qui exercent des professions très spécialisées ou des activités saisonnières, devraient en particulier bénéficier de cette nouvelle opportunité.
Le seuil du SMI, actuellement fixé à 1 709,40 € bruts par mois pour 14 paiements (soit 20 512,80 € par an), est un élément central de cette réforme. Il est susceptible d'être révisé annuellement, ce qui implique que les retraités devront régulièrement surveiller leur activité et leurs revenus.
L'administration fiscale et la Sécurité sociale vont désormais collaborer pour vérifier que les retraités ne profitent pas de la statut d'auto-entrepreneur pour dissimuler une activité professionnelle plus conséquente. La Cour suprême espagnole, dans une décision de juillet 2025, a clarifié que les revenus annuels doivent être calculés sur la base des paramètres fiscaux et pris en compte en net, c’est-à-dire après déduction des dépenses professionnelles (déplacements, fournitures, etc.).
L'ouverture de cette possibilité permet de maintenir une activité professionnelle pour compléter les revenus et faire face à l'inflation, sans pour autant sacrifier la totalité de sa pension. Pour le marché du travail, elle offre la possibilité de capitaliser sur l'expérience des seniors et d'atténuer les conséquences des départs massifs à la retraite dans certains secteurs.
Mais la mesure n'est pas sans risque. Un contrôle insuffisant du seuil de revenus et de la réalité de l'activité pourrait entraîner de lourdes sanctions. La vigilance est donc de mise pour les nouveaux retraités qui envisagent cette voie.
Le dispositif impose aux nouveaux travailleurs indépendants de respecter les obligations du régime spécial des travailleurs indépendants (RETA), bien qu'une régulation spécifique pour cette catégorie soit envisagée. Le choix de s'inscrire en tant qu'auto-entrepreneur devient donc une option intéressante pour compléter ses revenus, mais nécessite une planification minutieuse.
Cette réforme est une réponse pragmatique à une réalité démographique : le vieillissement de la population et la pénurie de main-d'œuvre dans certains secteurs. Elle ouvre une voie vers une meilleure conciliation entre la sécurité financière des retraités et leur désir de rester actifs.
L’Espagne mise sur l’expérience de ses aînés pour stimuler son Économie, mais la complexité des règles et le risque de fraude restent des défis à relever.
