Brics : l'inde, au cœur d'une crise diplomatique majeure

La situation en Iran, conséquence des frappes américaines et israéliennes sur la cúpule du régime, met à rude épreuve la position du BRICS. Le groupe, dont l'indhésitation face à l'escalade régionale révèle ses divisions profondes, se retrouve face à un dilemme diplomatique sans précédent.

Un bloc divisé face à la guerre

Un bloc divisé face à la guerre

Depuis près d'un mois, le BRICS, confronté à une crise énergétique mondiale déclenchée par les attaques de l'US et d'Israël contre l'Iran, peine à se prononcer sur le conflit. Cette absence de position commune est due à des divergences internes, exacerbées par les alliances complexes des membres du bloc. L'Iran, nouvellement adhésion au BRICS en 2024, a riposté en lançant des missiles sur les Émirats arabes unis (EAU) et l'Arabie saoudite. Ces derniers, eux-mêmes membres du groupe depuis 2024 (pour les EAU) ou en négociations d'adhésion (pour l'Arabie saoudite), se retrouvent dans une position délicate.

La demande de Téhéran à New Delhi de condamner la campagne militaire américaine et israélienne ajoute une épaisseur supplémentaire à ce nœud diplomatique. L'Inde, tiraillée entre ses liens étroits avec Washington et Tel Aviv, et ses relations historiques avec l'Iran, se trouve prise au piège. Le Premier ministre Narendra Modi s'est rendu à Tel Aviv quelques jours avant le début du conflit, et New Delhi dépend fortement des flux pétroliers et gaziers traversant le détroit d'Ormuz, aujourd'hui menacés.

La pression publique sur Modi pour qu'il oriente le BRICS se fait de plus en plus forte. Le président iranien, Ebrahim Raisi, a clairement exprimé l'attente d'un rôle indépendant du BRICS pour freiner les agressions contre son pays et garantir la stabilité régionale. Mais les divisions sont profondes. Deux propositions de réponse au conflit ont été rejetées, l'une condamnant Israël et les États-Unis. Les membres craignent que le BRICS ne devienne un forum politique inerte, incapable de prendre des décisions concrètes.

Le bloc a déjà fait preuve d'une certaine vacillation, comme lors du silence observé suite à l'arrestation de Nicolás Maduro par Donald Trump au Venezuela. Cette hésitation contraste avec la condamnation des attaques contre l'Iran en juillet 2025 et l'appel à la retrait des forces israéliennes de Gaza. Le BRICS, censé être un contre-pouvoir, peine à se faire entendre dans les affaires du monde.

Au-delà des enjeux géopolitiques, la situation économique des pays émergents du BRICS complexifie encore la prise de décision. L'objectif initial du groupe de nations en développement était de créer un espace de dialogue et de coopération, pas de se transformer en acteur majeur de la résolution des crises internationales. Cependant, le silence pourrait avoir des conséquences durables. La crise en Iran révèle une faiblesse structurelle du BRICS : la difficulté à transcender les intérêts nationaux et à agir de manière unifiée face aux défis mondiaux. L'Inde, au cœur de cette crise, devra choisir : loyauté à ses alliés ou ambition de leadership mondial.