Course à l’ia : les géants technologiques se financent massivement, un pari risqué ?

Les géants américains de la tech se lancent dans une course effrénée pour dominer le domaine de l'intelligence artificielle. Cette compétition s'accompagne d'un changement radical dans leurs stratégies de financement, avec des entreprises comme Google, Meta et Amazon qui se tournent massivement vers l'endettement.

Endettement massif pour alimenter l’ia : un pari risqué ?

L’ampleur de l'investissement nécessaire pour développer des systèmes d'IA avancés est stupéfiante. Selon une estimation, ces quatre entreprises technologiques devraient dépenser collectivement environ 650 milliards de dollars cette année pour les centres de données, les équipements de réseau et toute autre infrastructure indispensable. Cette somme représente un véritable bond en avant par rapport à leur politique de reinvention des bénéfices dans leurs propres activités.

Amazon.com Inc. a fraîchement réalisé une levée de fonds record en Europe, 14,5 milliards d'euros, symbolisant cette nouvelle dynamique. Parallèlement, le géant du commerce en ligne a contracté 37 milliards de dollars de nouveaux emprunts sur le marché obligataire américain, la quatrième plus importante émission d’obligations d’entreprises jamais enregistrée aux États-Unis.

Cette stratégie s’explique par la difficulté de financer cette révolution technologique uniquement avec les flux de trésorerie. Alors que les revenus publicitaires de Google dépassent les 97 000 millions de dollars pour le quatrième trimestre 2023, l’endettement offre une alternative attractive dans un contexte où les institutions financières américaines sont désireuses de prêter. Les sociétés de financement de projets spéciaux (SPV), qui isolent la dette des bilans des entreprises, facilitent encore cette manœuvre. xAI, la société d'Elon Musk, a récemment levé 5 milliards de dollars en dette d'entreprise, qu'elle a déjà remboursée, démontrant la faisabilité de cette approche.

Mais cette tendance inquiète certains investisseurs. Une vague d'émissions obligataires liées à l'IA, qui a culminé fin 2023 avec 100 milliards de dollars collectés en quelques semaines, a suscité des craintes quant aux profils financiers des entreprises. L'accord de Meta pour construire un centre de données en Louisiane, financé en partie par un SPV, illustre cette nouvelle donne. Alphabet a même émis une obligation à 100 ans, une première pour une entreprise technologique depuis les années 1990, témoignant de la demande des investisseurs à long terme.

Malgré ce boom de l’endettement, la majorité des dépenses en IA des géants technologiques restent financées par leurs activités opérationnelles (80 à 90%). Néanmoins, cette accumulation de dettes pourrait peser sur leur capacité à obtenir des financements à des conditions avantageuses à l'avenir. Ce phénomène pourrait également répercuter sur les marchés de crédit, vidant d'une partie leur demande.

Les conséquences pourraient être désastreuses si le potentiel de l’IA ne se matérialise pas aussi rapidement que prévu. Les entreprises qui ont massivement investi dans les centres de données et les puces pourraient se retrouver avec un excédent de capacité et des équipements obsolètes, à l'image de la bulle internet. Le risque est bien réel.

Alors que les chiffres s'accumulent, une question se pose : cette course à l'IA, financée par des montagnes de dettes, va-t-elle mener à une nouvelle bulle, ou à une transformation profonde de l'économie numérique ?