Crise au pentagone : emil michael, l'homme à l'ombre d'anthropic, chargé de calmer le jeu

Le Pentagone a désigné Emil Michael, figure controversée de la Silicon Valley, pour tenter de désamorcer la crise qui oppose le département d'État à anthropic, l'entreprise d'intelligence artificielle dont la technologie est désormais au cœur des préoccupations de sécurité nationale.

Un négociateur impitoyable, un passé sulfureux

Un négociateur impitoyable, un passé sulfureux

L'homme, connu pour son approche agressive lors de négociations chez Uber Technologies, est chargé de négocier avec anthropic, qui s'oppose à l'utilisation de ses technologies pour la surveillance de masse et le développement d'armes autonomes. Cette désignation survient alors que le Pentagone a classé anthropic comme un « risque pour la chaîne d'approvisionnement », une étiquette rarement réservée aux entreprises étrangères.

Michael, qui a gravi les échelons de la politique avec des passages à la Maison Blanche sous Barack Obama et comme assistant spécial du secrétaire à la Défense Robert Gates, n'est pas sans controverse. Son parcours chez Uber, où il a notamment supervisé une expansion fulgurante et des levées de fonds record, a été entaché d'allégations de mauvaise conduite et de culture d'entreprise toxique. Il a finalement été évincé du conseil d'administration de l'entreprise.

Son style de négociation, parfois perçu comme brutal, ne l'a pas empêché d'accumuler des alliés influents. Joe Lonsdale, cofondateur de Palantir, par exemple, estime que le Pentagone a besoin de quelqu'un qui « comprenne réellement la technologie » et « soit prêt à travailler sans relâche ».

Pourtant, la nomination de Michael soulève des questions. Son implication dans des scandales passés et ses liens financiers avec des personnalités politiques aux sensibilités opposées, comme son don important à MAGA Inc., suscitent des interrogations sur son impartialité. La somme de 1 million de dollars versée à Donald Trump en 2024, par exemple, ne passe pas inaperçue.

Les discussions avec Anthropic sont actuellement bloquées. L'entreprise américaine refuse catégoriquement que sa technologie soit utilisée pour des applications qu'elle juge contraires à ses valeurs fondamentales. Le conflit révèle une tension croissante entre la volonté du Pentagone d'intégrer l'IA à ses opérations et les préoccupations éthiques et de sécurité soulevées par les entreprises technologiques.

La stratégie de Michael est claire : construire des relations avec d'autres entreprises technologiques afin d'accélérer l'adoption de l'IA par l'armée. Depuis son arrivée au Pentagone en mai, il aurait rencontré des centaines d'entreprises. Mais la crise avec Anthropic met en lumière les limites de cette approche et la difficulté de concilier ambition technologique et respect des principes.

Le dossier est loin d'être clos. Le choix de Michael pour négocier avec Anthropic est un pari risqué, qui pourrait bien déterminer la future orientation de la relation entre le gouvernement américain et le secteur de l'intelligence artificielle.