Le karachi franchit l'ormuz, premier navire non iranien depuis mars – une lueur d'espoir ?
Un événement majeur vient de se produire dans la région la plus sensible du monde : le pétrolier Aframax Karachi, immatriculé au Pakistan et transportant du pétrole de qualité Das d'Abu Dhabi, a franchi le détroit d'Ormuz. Il s'agit du premier navire non iranien à le faire avec son système d'identification automatique (AIS) activé depuis la fermeture effective du passage le 2 mars 2026. Cette décision, bien que discrète, pourrait signaler une lueur d'espoir dans un contexte de tensions persistantes.
Un signal potentiel de désescalade ?
Selon les données de MarineTraffic, le Karachi a accosté dans la ZEE iranienne dimanche midi, pour ensuite traverser le détroit trois heures plus tard. Le navire, long de 237 mètres, naviguait à environ 9,6 nœuds dans le golfe de Perse, sans incident rapporté. Ce point est significatif : de nombreux navires avaient jusqu'alors désactivé leur AIS pour éviter le suivi, une démarche qui pouvait les exposer à des risques.
Le transit du Karachi s'inscrit dans un contexte de trafic maritime drastiquement réduit depuis la fermeture du détroit, qui représente 20% du commerce pétrolier mondial et 30% du GNL. Les déviations de routes maritimes globales ont grimpé de 360% depuis mars, selon MarineTraffic, avec des centaines de navires évitant la zone. Des navires chinois et autres à destination des États-Unis ou d'Israël ont également transité, ainsi que des navires russes de la flotte fantôme.
L'Iran avait annoncé la semaine dernière qu'il autoriserait le passage des navires non américains ou israéliens, sous réserve de garanties informelles de sécurité. L'absence de désactivation de l'AIS par le Karachi suggère que ce transit n'était pas clandestin, mais plutôt autorisé, même si le contexte reste extrêmement fragile.
La situation est complexe : l'Inde et le Pakistan ont négocié directement avec Téhéran pour obtenir le passage de leurs navires, tandis que la France et l'Italie ont mené des discussions similaires. Le détroit d'Ormuz, choke point vital, est au cœur d'une lutte d'influence entre plusieurs acteurs. La navigation du Karachi, bien que limitée, illustre la complexité des négociations informelles qui se déroulent en coulisses.
Le trafic maritime dans la région est resté à moins de 10% de son niveau habituel depuis le début des restrictions. Le Karachi n'est pas un simple incident isolé, mais témoigne d'une adaptation pragmatique, voire opportuniste, à une situation géopolitique tendue. Un pragmatisme qui pourrait bien façonner l'avenir de cette voie maritime stratégique.
