L'ue se lance dans la bataille de la souveraineté technologique

La Commission européenne a adopté mercredi une série de mesures pour renforcer les chaînes d'approvisionnement stratégiques et avancer vers la « souveraineté technologique ». Cette démarche vise réduire la dépendance de l'UE envers les États-Unis et l'Asie.

La puissance de l'industrie européenne sous-estimée

Malgré des entreprises technologiques de premier plan dans leur domaine, comme ASML, le seul fabricant de machines de litographie de dernière génération nécessaires pour produire des semi-conducteurs avancés, y compris ceux d'AMD, l'EE a une présence éclipsée dans les chaînes d'approvisionnement de logiciels et de matériels par rapport aux deux puissances mondiales.

La stratégie se concentre sur quatre piliers

La stratégie se concentre sur quatre piliers

La stratégie de l'UE se fonde sur quatre piliers : le renforcement de la capacité européenne dans les semi-conducteurs à travers une loi sur les puces 2.0 destinée à encourager la production et l'investissement dans des technologies avancées ; le développement d'une infrastructure cloud et d'intelligence artificielle propres grâce à une nouvelle législation qui soutiendra l'innovation et simplifiera le déploiement des centres de données.

Le troisième pilier repose sur l'utilisation du logiciel open-source comme outil pour renforcer l'autonomie numérique de l'UE, tandis que le quatrième vise à accélérer la numérisation de l'énergie avec des technologies d'IA, en intégrant les centres de données au système électrique et en promouvant des modèles d'intelligence artificielle sécurisés et développés en Europe.

La dépendance en données, un problème économique et stratégique

La dépendance en données, un problème économique et stratégique

Cette démarche répond à deux facteurs clés pour l'UE, la survie économique et stratégique. L'UE ne cherche pas la souveraineté numérique par orgueil, mais pour l'argent et la compétitivité. On parle de 264 milliards d'euros dépensés chaque année par les entreprises européennes en logiciels et services de cloud américains, soit 1,5 % du PIB de l'UE qui part à l'extérieur et ne réinvestit pas dans l'innovation sur place.

Seuls trois géants, Amazon, Microsoft et Google, contrôlent 70 % du marché de la cloud en UE. En contraste, les fournisseurs européens comme SAP ou Deutsche Telekom ne retiennent que 1 % à 2 % chacun.

« Nous ne pouvons pas nous permettre de dépendre d'autres pour les technologies qui maintiennent en marche nos hôpitaux, la stabilité de nos réseaux électriques et la sécurité de nos services », a déclaré la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen.

Des conséquences à long terme

Des conséquences à long terme

Ces propositions pourraient avoir des répercussions importantes, allant des subventions disponibles pour les usines de fabrication de puces aux possibilités pour des entreprises comme Microsoft et Amazon de fournir des services de cloud pour gérer des données gouvernementales confidentielles.

Un approche plus protectionniste de l'UE implique un risque d'augmentation des tensions avec les États-Unis et la Chine. Washington a déjà critiqué la réglementation considérée comme discriminatoire contre les entreprises technologiques américaines, comme la loi sur les services numériques du bloc, et a menacé de prendre des mesures de rétorsion.

Le retour au pouvoir de Donald Trump et le déclin des relations transatlantiques ont exacerbé les inquiétudes sur l'excessive dépendance des entreprises technologiques américaines. Le fear de que Washington pourrait restreindre l'accès à des services essentiels de calcul en nuage et de logiciels a poussé certaines villes danoises à opter pour des alternatives open-source.

L'organe régulateur de l'UE a également qualifié les centres de données et les équipements de réseaux provenant de Chine d'une menace pour la sécurité. Les projets de textes doivent encore passer par plusieurs rondes de négociations entre les gouvernements de l'UE et le Parlement européen avant d'être adoptés. Ce processus pourrait durer plusieurs mois.