Tech start-up : l'amour en crise, victime collatérale de la révolution ia
Une étrange tendance se dessine dans le monde des jeunes entrepreneurs : l'abandon de leurs relations sentimentales au profit de leurs projets. Un phénomène, selon les experts, exacerbé par l'ascension fulgurante de l'intelligence artificielle et la pression qu'elle exerce sur les ambitions.

L'amour sacrifié sur l'autel de la startup
Plusieurs jeunes diplômés, investis corps et âme dans leurs entreprises, se disent prêts à tout pour assurer leur succès. Mais cette dévotion, souvent, se fait au détriment de leurs vies amoureuses. Comme l’explique Beckman, fondateur d’une startup éduca-tech, « j’étais tellement épuisé par le développement de mon entreprise que je ne savais plus comment répondre à mes émotions ». Il confie : « J’avais l’impression que mon cerveau n’avait plus de place », une situation qui a conduit à la rupture. Un constat partagé par d'autres.
Archish Arun, jeune développeur de vidéo, a également pris la même décision, abandonnant une relation de six mois pour se consacrer à fond à sa startup financée par Y Combinator. « L'intensité de la vie d'une startup a mis en lumière beaucoup de problèmes », regrette-t-il. Il ajoute : « Cela a accélérité leur apparition. »
La situation est d'autant plus préoccupante que l'IA semble offrir des opportunités de revenus considérables, créant une dynamique où les jeunes entrepreneurs se sentent poussés à se concentrer sur leur entreprise – et à ignorer leurs relations. Un récent rapport de Y Combinator révèle que l’âge moyen des participants aux concours est désormais de 24 ans, contre 30 ans en 2022.
Amy Andersen, conseillère en relations amoureuses à Silicon Valley, souligne avec ironie : « Si un jeune entrepreneur veut une relation, il doit la traiter avec la même attention qu’il consacre à son entreprise, ce qui est rarement le cas, n’est-ce pas ? » Elle observe que les entrepreneurs véritablement intéressés par une vie amoureuse ont généralement entre 35 et 40 ans.
Marc Andressen, figure emblématique de la Silicon Valley, est également pointé du doigt. Une jeune femme relate avoir développé une rivalité manifeste contre lui, accusée de favoriser sa propre entreprise au détriment de sa relation. Elle évoque des semaines où elle se sentait obsédée par les actions de ce dernier. Une situation qui se révèle être partagée par d'autres jeunes couples de la génération actuelle.
Dmitri Mirakyan, lui, a vécu une expérience particulièrement révélatrice. Pendant la mariage d'un ami, il a été pris de panique en raison d'un problème technique avec son application, ce qui a révélé l'état de stress de son entrepreneur. Sa partenaire, au lieu de le réprimander, lui a proposé de l'aide, lui offrant un endroit pour s'asseoir et un verre. « C'est la deuxième fois cette année que j'ai dû utiliser mon portable lors d'un mariage », confie-t-il. Cette attitude contraste fortement avec les attentes qu'il avait de sa partenaire.
L’altruisme est donc une qualité recherchée chez les partenaires des entrepreneurs en début de carrière. Selon Yariv Ganor, psychologue spécialisé dans les startups, « il est essentiel que le partenaire accepte que la startup ait la priorité, car elle est souvent considérée comme une extension du fondateur. »
Amy Andersen ajoute : « Ces jeunes entrepreneurs sont souvent prêts à tout pour réussir, et il est rare qu’ils soient capables de concilier cette ambition avec les exigences d'une relation stable. »
L'avenir semble donc réservé à une génération d'entrepreneurs qui privilégient leur entreprise à tout, y compris l'amour. Une tendance qui, selon les observateurs, risque de laisser des traces durables sur le paysage amoureux de la Silicon Valley.
